
Commettre une infraction routière grave après avoir déjà été condamné pour un fait similaire dans les trois ans : c'est la récidive spéciale. En droit belge, elle entraîne automatiquement un doublement des peines et, dans de nombreux cas, une déchéance obligatoire du droit de conduire.
La récidive spéciale est un mécanisme prévu par l'article 36 de la loi du 16 mars 1968 relative à la police de la circulation routière. Elle s'applique lorsqu'une personne, après avoir été condamnée pour certaines infractions graves, commet une nouvelle infraction de même nature dans un délai de trois ans à compter du jugement de condamnation passé en force de chose jugée.
Le terme « spéciale » signifie que la récidive ne joue qu'entre infractions de même catégorie, contrairement à la récidive générale qui pourrait viser n'importe quelle infraction.
La récidive spéciale s'applique principalement aux infractions les plus dangereuses de la loi sur la circulation routière.
L'alcool et les stupéfiants sont en première ligne : intoxication alcoolique (article 34, § 2), ivresse (article 35), conduite sous l'influence de drogues. La récidive en matière d'alcool au volant est la plus fréquente en pratique.
Les excès de vitesse graves sont également visés : dépassement de plus de 40 km/h en dehors des agglomérations et de plus de 30 km/h en agglomération, aux abords d'écoles et dans les zones 30.
Le délit de fuite (article 33, § 1), la conduite sans permis de conduire valable et les infractions du quatrième degré (les plus graves) entrent également dans le champ de la récidive spéciale.
En cas de récidive dans les trois ans, les amendes prévues par la loi sont doublées. Par exemple, pour une conduite en état d'intoxication alcoolique, l'amende passe de 1.600-16.000 euros à 3.200-32.000 euros (montants multipliés par les décimes additionnels).
C'est la conséquence la plus redoutée. En cas de récidive pour les infractions visées par la loi, le tribunal doit prononcer une déchéance du droit de conduire. Le juge ne dispose d'aucun pouvoir d'appréciation pour y déroger.
La durée minimale de cette déchéance est de 3 mois. Elle peut aller jusqu'à 5 ans, voire être prononcée à titre définitif dans les cas les plus graves.
En cas de récidive, le tribunal impose systématiquement les quatre examens de réintégration : examen théorique, examen pratique, examen médical et examen psychologique. Le conducteur ne pourra pas récupérer son permis tant que tous ces examens ne seront pas réussis.
Pour les récidives en matière d'alcool, le tribunal peut — et dans certains cas doit — imposer l'installation d'un éthylotest antidémarrage pour une durée de 1 à 3 ans, voire à titre définitif.
Le délai de trois ans se calcule à compter du jugement de condamnation passé en force de chose jugée. Concrètement, cela signifie que le point de départ est la date du jugement (s'il est contradictoire et qu'aucun appel n'est interjeté dans le délai légal) ou la date à laquelle le jugement devient définitif (après épuisement des voies de recours).
Cette précision a été apportée par la loi du 2 décembre 2011, qui a clarifié le calcul du délai en ajoutant les mots « à dater d'un jugement antérieur portant condamnation et passé en force de chose jugée ».
En cas de nouvelle récidive dans les trois ans suivant la deuxième condamnation, les peines d'emprisonnement et les amendes peuvent être à nouveau doublées. Le tribunal peut alors prononcer des peines très lourdes, incluant une déchéance de longue durée ou définitive.
Même en situation de récidive, des moyens de défense existent.
La vérification de la régularité de la procédure est le premier réflexe. Un vice de procédure dans le constat de l'infraction (absence de procès-verbal conforme, non-respect des conditions de l'éthylotest, défaut de notification) peut entraîner la nullité des poursuites.
La contestation de la récidive elle-même est également possible. Il faut vérifier que la condamnation antérieure est bien passée en force de chose jugée, que le délai de trois ans n'est pas dépassé et que l'infraction antérieure correspond bien à une infraction visée par la récidive spéciale.
Enfin, les circonstances atténuantes peuvent être plaidées pour réduire les peines, même si la déchéance obligatoire ne peut pas être évitée.
La récidive spéciale s'applique-t-elle si ma première condamnation date de plus de trois ans ? Non. Si plus de trois ans se sont écoulés depuis votre jugement passé en force de chose jugée, la récidive spéciale ne s'applique pas. Vous serez jugé comme primo-délinquant, avec des sanctions moins sévères.
Le juge peut-il éviter la déchéance obligatoire ? Non. En cas de récidive spéciale, la déchéance est obligatoire et le juge doit la prononcer. Il dispose toutefois d'une marge pour en fixer la durée (entre 3 mois et 5 ans) et les modalités (examens de réintégration, éthylotest antidémarrage).
La récidive joue-t-elle entre une infraction d'alcool et un excès de vitesse ? La récidive spéciale vise les infractions de même nature (alcool avec alcool, par exemple). Toutefois, dans certains cas, le cumul d'infractions différentes peut aussi entraîner une déchéance obligatoire si les conditions légales sont réunies. L'analyse au cas par cas est indispensable.
Puis-je faire appel du jugement ? Oui. L'appel est possible devant le tribunal correctionnel dans un délai de 30 jours à compter de la prononciation du jugement (ou de sa signification en cas de jugement par défaut).
La récidive spéciale en circulation routière entraîne un doublement des peines, une déchéance obligatoire du droit de conduire et des examens de réintégration systématiques. Le délai de référence est de trois ans à compter de la condamnation précédente. Même en situation de récidive, un avocat spécialisé peut identifier des moyens de défense et limiter les conséquences.
Vous êtes en situation de récidive ? Contactez-nous sans attendre — chaque jour compte.
